La musicalité de la voix parlée

Au début, il y a le son…

« La musique est notre plus ancienne forme d’expression, précédant le langage et l’art; Cela commence avec la voix, et par notre désir accablant de joindre les autres. En effet, la musique remonte à beaucoup plus loin que les mots. Ces derniers étant des symboles abstraits qui véhiculent des pensées factuelles. La musique touche nos sentiments bien plus que ne le font les mots, et elle nous fait réagir de tout notre être. » 1
La voix est depuis toujours, l’instrument de musique le plus utilisé et le plus répandu. En effet, chacun la possède et nul n’a jamais chanté durant sa vie. Certains diront que le chant ne leur a jamais plu et que par conséquent, ils peuvent affirmer n’avoir jamais émis une note de leur bouche. A cela, je leur dirais qu’il est trop tard… Car ils viennent de le dire, et donc, d’émettre un son qui de part sa nature possède une hauteur et une temporalité qui la font ressembler fortement à ce que l’on appelle communément une note de musique. Chanter lorsqu’on parle… Est-ce une hérésie ?
Une chose est sûre, notre organe vocal nous permet à tous de communiquer par l’intermédiaire du son qu’il émet, des informations mises en forme par notre cerveau. Que ce soit par le chant ou par la parole, nous sommes capables d’exprimer nos émotions et bien d’autres choses encore. De manière complémentaire, notre oreille assure la réception du message et notre cerveau le décode. Quelle est alors la véritable nature de cette information lors de la communication acoustique. Est-ce du chant, est-ce de la parole ? Dans tous les cas, le message est sonore. D’où vient alors cette distinction entre voix parlée et voix chantée ?
« La voix chantée est caractérisée par la hauteur, l’intensité et le timbre. La boucle audio-phonatoire a un rôle capital dans la voix chantée. La voix chantée représente en général 90 à 95 %, le silence et la phase de récupération 10 % pendant la performance vocale. La voix parlée peut se diviser habituellement en 2 facteurs temporels: la voix sonore elle-même 85 %, et le silence entre les mots 15 %. »
Serait simplement une différence dans sa temporalité? Il est évident que non. Les distinctions généralement admises entre langage et musique s’établissent dans leurs fonctions, largement considérées comme différentes. Nous y reviendrons plus tard. Mais comment figer un instrument aussi versatile que la voix dans l’une ou l’autre de ces fonctions? Voici par exemple deux de ses capacités:
« La voix est un instrument fondamental de la sociabilité humaine: Elle est le moyen, le canal le plus usité, le plus courant de toute relation entre plusieurs personnes. Plus facile dans la proximité, elle peut cependant également plus ou moins vaincre les distances en jouant sur son intensité. Dans un dialogue, dans une conversation, elle permet d’entamer, d’entretenir, de mettre fin au rapport que l’on a avec l’autre par l’intermédiaire de la parole. »3
« La voix est l’instrument le mieux partagé entre les êtres humains. Il n’existe pas de peuple qui ne chante pas. Chaque société a son chant dans l’espace et dans le temps. La musique vocale est le plus important et le plus ancien de tous les arts. L’histoire de la musique, tout au moins jusqu’au XVème siècle, se confond avec l’histoire de la musique chantée. »4
Instrument de musique pour tous et moteur de notre sociabilité, la voix est multifonctionnelle dans son usage. Mais ne le serait-elle pas aussi lorsque nous l’employons seulement pour la communication verbale. Qu’en est-il de la représentation acoustique du langage ? Reste-il langage lorsque il est exprimé physiquement ? Ou bien est-il son, son musical avant que notre cerveau ne le ramène à l’état de substance sémantique ?
La première partie de ce mémoire met en valeur le travail scientifique que j’ai effectué durant cette année au sein de l’IRCAM. Après avoir décrit scientifiquement ce qu’est la prosodie, nous expliquons comment nous procédons pour la synthétiser en vue de reproduire l’expression d’un locuteur spécifique.
Puis la seconde partie propose de dresser un état de l’art non exhaustif de l’emploi de la voix parlée dans la composition musicale. Nous verrons comment la musique contemporaine s’est appropriée cet instrument, tout en montrant que les liens entre la musique et la prosodie existent depuis plus longtemps.
La troisième partie reflète les pièces musicales que j’ai composées durant l’année
et en explique les fondations conceptuelles ainsi que les moyens utilisés pour les exprimer.
Enfin, la quatrième et dernière partie de ce mémoire tente d’initier une discussion sur les liens entre prosodie et musique en ouvrant la problématique sur plusieurs domaines d’étude : Des neurosciences à la philosophie.  Etude de Grégory Beller – IRCAM – En savoir +


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