La question de la tonalité : retour sur le partage nature-culture

La tonalité est un curieux objet. Étape circonscrite dans l’histoire de la musique occidentale, loi générale gouvernant plus ou moins directement toute musique, fondement acoustique sur lequel se sont construites des grammaires particulières, code culturel arbitraire que l’Occident a un peu vite pris pour un langage universel ? La prétention même de ce système musical à fonder un langage sur des propriétés physiques du son pose problème, renvoyant directement au partage nature-culture. L’évidence avec laquelle les musiciens parlent de langage tonal masque le paradoxe de l’expression, le collage qu’elle opère entre un modèle linguistique, gouverné par l’arbitraire des signes, et un idéal rigoureusement inverse : déduire les lois de la musique de la nature des sons.

Solfège…

Il est toujours délicat, voire contradictoire, de donner la définition d’une réalité au début d’un article qui veut précisément en montrer le caractère problématique. En m’excusant auprès des musiciens, j’en donne néanmoins une, provisoire et simplificatrice, pour « savoir de quoi l’on parle » comme on dit par antiphrase. La tonalité est un système d’organisation musical qui s’est développé en Occident à partir de la Renaissance, fondé sur les premiers harmoniques d’un son (sa quinte, sa tierce majeure, sa septième), verticalement (accords surmontant les degrés principaux d’une gamme), horizontalement (progression des phrases par enchaînement de ces « basses fondamentales », comme dit Rameau) et, surtout, « fonctionnellement », tant au niveau de chaque phrase que de l’ensemble des morceaux (discours structuré par l’enchaînement de base dominante-tonique – en do majeur, sol-si-ré-fa se « résolvant » sur do-mi-sol – qui donne un sentiment de tension et de repos permettant écarts, retards, attentes, etc.). Au-delà de l’importance partout attestée des intervalles consonants, on peut donc parler de tonalité lorsque, à la fois, les éléments de base (gammes et accords) et l’articulation d’ensemble (cadences, développement, forme) du discours musical se déduisent de l’accord parfait de référence (le « ton » dans lequel on est). Les deux pôles de cette définition cadrent le problème. La tonalité des manuels de solfège est une grammaire : le ton, c’est la gamme « dans » laquelle on écrit (do majeur, sur les touches blanches du piano), dont découlent accords, progressions et modulations. Au contraire, pour les théoriciens, c’est prendre les choses à l’envers : on ne saute pas ainsi de tons en tons, il n’y a qu’une tonalité, ce principe général dont la cohérence même permet aux créateurs de composer « avec » elle, pour jouer sur les écarts, les ambiguïtés, les attentes différées, et la pousser aux limites. Et cette structure est le résultat d’un long processus historique, supposant de nombreux arrangements, dont la force tient précisément au fait qu’il est peu à peu parvenu à organiser tous les niveaux du langage musical. En savoir +

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