Formateur invité – Vincent Lo Voï *
Vincent Lo Voi : Formateur invité en chant improvisé et voix spontanée
Formateur invité – Vincent Lo Voï
Sonothérapeute, Énergéticien, formation à l’ improvisation vocale, chants spontanés, Corps et Rythme.
La Vibration de l’Être
La vraie liberté, c’est être soi-même au milieu des autres. Cette phrase, je l’ai entendue pour la première fois dans un atelier d’improvisation vocale, alors que je fermais les yeux pour laisser mon corps répondre aux sons qui l’entouraient. Elle a résonné en moi comme une note fondamentale, celle qui avait toujours guidé ma vie, même quand je ne savais pas encore la nommer.
Je m’appelle Vincent. Je suis musicien, mais je n’ai jamais su lire une partition. La musique, je l’ai apprise en écoutant…en écoutant le grattement des cordes de ma première guitare, le claquement sec des peaux sur un djembé, le souffle du vent dans les arbres du jardin de mon enfance. Elle était en moi avant même que je sache qu’elle s’appelait ainsi. On dit souvent que j’ai appris la musique ; moi, j’aime à dire que c’est la musique qui me connaît. Elle m’habite, multicolore et sonore, et je ne fais que lui répondre, à l’inspiration du moment.
Mon parcours n’a jamais été tracé. Faute de moyens pour des cours académiques, j’ai écouté… Écouté les maîtres, Lucky Zebila dont les mains sur les congas parlaient une langue ancestrale, Mamady Keita dont le rythme était un battement de cœur collectif, le grondement visionnaire de Christian Vander, et cette nuit magique où j’ai joué en avant-première pour Max Roach, le souffle coupé par le génie. Chaque rencontre était une leçon d’humilité et de liberté : la liberté de prendre un instrument et de lui parler avec sa propre voix.
Cette voix, j’ai voulu la transmettre. Dans les années 80, au Caveau des Trinitaires à Metz, j’enseignais les rythmes africains à des étudiants dont les yeux s’illuminaient en découvrant que la musique pouvait se vivre, pas seulement se déchiffrer. Puis vinrent les projets avec les enfants, créer les bruitages en direct pour *Tom et l’Ombre*, voir des petits visages suspendus à chaque cliquetis ; éveiller à l’Institut Sensoriel de Metz des enfants autistes pour qui le son était parfois le seul pont vers le monde ; accompagner une chorale de 70 voix à Nancy, où mes percussions n’étaient qu’un souffle de plus dans leur océan de joie. Et cette année inoubliable dans un collège expérimental, avec des sourds et malentendants. Là, nous avons improvisé. Nous avons senti les vibrations du plancher, fait danser la lumière sur les peaux des tambours, communiqué par le tremblement de l’air. La musique n’était plus un son, mais un toucher partagé.
Pendant quinze ans, ce fut une belle aventure. La transmission était devenue ma passion aussi profonde que la création elle-même. Pourtant, un désir sourd grandissait en moi : explorer au-delà. Les années 90 m’ont vu plonger dans l’univers de la lumière et de l’image. Formé à l’éclairage et à la vidéo, j’ai voyagé dans les coulisses du spectacle vivant, sur les plateaux de France Télévisions. Tourner des documentaires, capter l’énergie d’une scène, c’était encore écouter…écouter la lumière, écouter le mouvement. Ce fut une période de rencontres vibrantes, mais en 2018, la motivation s’est effilochée. Il me manquait l’essentiel : le contact direct, la vibration organique.
C’est alors que mon chemin a bifurqué, comme guidé par une mélodie intérieure. Une formation en sono-thérapie et Sons en Conscience m’a ouvert les oreilles d’une manière nouvelle. J’ai appris à écouter le corps comme un instrument, l’espace comme un partenaire résonant. J’ai découvert la subtilité et le pouvoir du son sur le corps, comment une basse profonde pouvait dénouer une tension, un carillon léger apaiser un esprit agité. J’ai commencé à organiser des Voyages Sonores dans la région lyonnaise, où les participants, allongés, se laissaient porter par des paysages acoustiques que je tissais en direct avec des bols tibétains, des cordes, ma voix et une multitude de sonorité nourrissant notre imaginaire.
Et puis, il y a eu la voix. Une formation en « Improvisation vocale et chants spontanés » avec La Voix Source a tout fait basculer. Là, pas de technique à montrer, juste à être. Être présent. Laisser le souffle, le corps, l’instant présent donner naissance à un son pur, brut, authentique. Ce fut la découverte inverse et complémentaire : la subtilité et le pouvoir du corps sur la voix. Comment une émotion bloquée dans les épaules pouvait libérer un chant rauque et guérisseur, comment un soupir pouvait devenir une mélodie.
Aujourd’hui, mon objectif est clair. Je ne veux plus simplement jouer de la musique ou même la transmettre. Je veux partager un **état**. Un état de présence et de connexion. À travers des performances improvisées, des créations sonores éphémères, je cherche à créer un espace où l’auditeur n’est plus un spectateur, mais un participant. Où la frontière entre celui qui émet le son et celui qui le reçoit s’estompe. Où, ensemble, nous nous rappelons que nous vibrons.
Dans ces moments, au milieu d’un cercle de personnes les yeux fermés, alors que ma voix s’élève, fragile et puissante, et se mêle au son d’une Shruti ou au silence attentif de la pièce, je sens cette vérité vivante : la vraie liberté, c’est être soi-même au milieu des autres. Non pas en s’imposant, mais en s’offrant. En vibrant à son propre diapason, et en permettant à l’autre de retrouver le sien. La musique n’a jamais été une fin ; elle est le chemin vers cette résonance commune. Et sur ce chemin, je suis enfin, pleinement, chez moi.
Auteur/autrice