Les rythmes de l’intersubjectivité

Qu’est-ce que le swing ? C’est avant tout un rythme qui entraîne, qui se loge dans le corps (dans les pieds, les doigts, les hanches, la tête), et le met en mouvement. Pour les spécialistes du jazz, musiciens et musicologues, le swing reste mystérieux. Il est évanescent ; un morceau l’a ou ne l’a pas selon que les musiciens s’entendent ou pas à cette occasion-là. Le swing n’est pas tant un rythme qu’une organisation dynamique du temps toujours en mouvement, ce que l’ethnomusicologue Charles Keil (1994) appelle une « poussée vitale ». Le swing donne sens à la musique. Un morceau de jazz qui ne swingue pas ne raconte rien, n’a pas de direction. Duke Ellington connaît bien les caprices du swing, même s’il en a été l’un des plus grands maîtres.

Mais venons-en au bébé. Nous savons depuis longtemps maintenant que le bébé est avide de rencontres dès la naissance et qu’il apprend vite à impliquer tout son corps pour signaler son intérêt pour l’autre. À la naissance il se tourne vers la voix humaine, recherche sa source. Des chercheurs comme Antony De Casper (De Casper et Fifer, 1980 ; De Casper et Spence, 1986) ou Jean-Pierre Lecanuet (1995) nous ont montré qu’in utero le fœtus connaît déjà les rythmes et les inflexions de la voix de sa mère et nous savons également que le fœtus est sensibilisé aux rythmes phonétiques de sa (ou ses) langue(s) maternelle(s) (Nazzi, Bertoncini et Mehler, 1998). Les sons, et avant tout les sons rythmés par l’être humain, tissent déjà des liens entre l’utérus et le monde ; le monde qui s’organise pour continuer de contenir l’enfant, dans une famille, dans une culture avec ses pratiques familières, ses habitudes, ses conventions. Ce lien par le son rythmé est aussi lien entre le dedans et le dehors, entre l’avant et l’après, entre le soi et l’autre, entre la vie et l’absence. En savoir +


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